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François Reman

Journaliste indépendant, j'ai vécu trois ans au Chili. Je travaillais comme correspondant pour La Libre Belgique, le Courrier et La Revue Nouvelle.

Pour me contacter:  francoisreman@hotmail.com

Pourquoi ce blog ? Texte ecrit en juin 2010.

 J'ai atterri au Chili avec ma petite famille le 17 janvier 2010. En plus  de certaines collaborations pour des organes de presse, j'ai décidé d'ouvrir un blog d'information sur ce pays coincé entre la cordillère des Andes et l'océan Pacifique. Vous trouverez  dans ce blog très peu d'anecdotes personnelles ou familiales et encore moins un carnet de voyage comme il en existe des centaines sur la blogosphère. L'optique de cet outil est avant tout  journalistique et vise à fournir à un public francophone quelques clés d'information pour découvrir la réalité sociale et politique du Chili.

Si la toile regorge de blogs ou de sites qui décodent ce que se passe au Brésil en Bolivie en Argentine sans oublier évidemment le Venezuela, il est plus exceptionnel d'en trouver un qui aborde l'actualité du Chili. Pourquoi ?

La vie politique est y tout aussi intéressante à analyser et les débats sur les modèles de développement à appliquer au pays ne manquent pas. Alors quoi ? Le Chili ne ferait-il plus vibrer les consciences politiques comme au temps de Salvador Allende ou au moment de la dictature de Pinochet quand des dizaines d'exilés chiliens remplissaient les universités de Louvain ou de Bruxelles ?

C'est incontestable, les regards de la presse européenne sont tournés d'avantage vers des pays comme la Colombie, le Brésil ou le Venezuela. Combien de livres ont été écrits sur le fameux virage à gauche de l'Amérique latine, des articles souvent extrêmement précis ont analysé les politiques sociales de Lula au  Brésil et de Kirchner en Argentine. Combien d'excellents ouvrages ont été rédigés sur le processus de transformation sociale initié par Evo Morales en Bolivie. Combien de débats acharnés sur Hugo Chavez et la révolution bolivarienne. Le grand absent de toutes ces analyses fut incontestablement le Chili. Et pourtant, la victoire de Sebastien Pinera, candidat de la droite, aux dernières élections présidentielles a mis fin à une coalition politique de gauche que ce sera maintenu au pouvoir pendant vingt ans. Au niveau de l'Amérique latine, il s'agit la d'une durée exceptionnelle pour une coalition de cette nature.

Alors pourquoi, ce maque d'intérêt pour le Chili. A cela j'y vois deux raisons.

La première tient au fait que le Chili ne renvoie pas cette image « exotique » que de nombreux  militants occidentaux se bornent à user pour comprendre l'Amérique latine. Pas de révolution en cours, pas de socialisme du 21ème siècle, peu de mouvements sociaux aucun discours fracassant contre les organisations internationales, pas de faillite économique ni de déstabilisation politique. En résumé, rien de « catastrophique » qui forcerait le regard et pousserait à s'intéresser à ce pays d'un peu plus prêt. Mais cette absence « d'exotisme » peut aussi laisser croire que le Chili ressemble fort à l'Europe et qu'on peut facilement y appliquer les mêmes catégories explicatives. Ce serait se tromper lourdement et cette analyse n'est pas sans conséquences « désagréables » sur les étrangers qui viennent s'installer au Chili et qui pensent trouver un petit coin européen au sein du continent latino-américain.

Deuxièmement, il existe cette impression qu'au Chili tout va bien, que le pays entre dans la modernité avec des indicateurs économiques excellents, peu de corruption et un grande pauvreté que ne touche pas plus de 5% de la population. Le Chili se rapprocherait donc des standards « du premier monde ». Affirmation discutable quand on analyse d'un peu plus prêt deux institutions comme le système de santé et d'éducation.

Il existe aussi une obstination à utiliser la dictature et son représentant le plus sinistre, Augusto Pinochet, comme cadre de référence pour étudier la société chilienne ou ses institutions politiques.  J'ai moi-même, à un certain moment, décidé de déchiffrer les comportements des Chiliens, leurs habitudes, leurs rapports de classes mais aussi les discours du monde politique en me détachant du prisme de la dictature. L'honnêteté intellectuelle m'oblige à avouer que c'est actuellement impossible.

Par contre, pour étudier les valeurs dominantes au sein de la société aujourd'hui, c'est peut-être mois  à Augusto Pinochet qu'il faut se référer  mais plutôt à Jaime Guzman.Ce dernier est quasiment inconnu en Europe alors qu'il a été pendant vingt ans le penseur et l'idéologue de la junte militaire. C'est lui qui a pensé et créé les institutions politiques du Chili d'aujourd'hui. Le pays tel qu'il est actuellement est avant tout son héritage. J'aurai souvent l'occasion d'en reparler dans ce blog.

Ce blog va donc être un lieu d'information et d'échanges grâce à vos commentaires.  J'espère pouvoir de manière pédagogique et peu rébarbative vous faire découvrir la vie passionnante de ce magnifique pays. Je tenterai de coller au plus près de l'actualité et de rendre cet outil dynamique et intelligent.   J'y publierai aussi mes articles de la presse papier ce qui portera notre regard de temps en temps au-delà de la cordillère.

Je vous souhaite la bienvenue à toutes et tous.

François Reman