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  • Décès de Paul Schaefer, le protégé de Pinochet

    schaefer.jpgLe 24 avril dernier, l'ex-caporal nazi Paul Schaefer, fondateur de la tristement célèbre enclave allemande Colonia Dignidad, décédait à l’âge 88 ans à Santiago du Chili dans l'hôpital de la prison où il purgeait une peine pour abus sexuels sur mineurs, détention d’armes et torture.

    La mort de Paul Schaefer rappelle une nouvelle fois les relations extrêmement douteuses que certains pays latino-américains ont entretenues avec d’anciens membres du régime nazi au lendemain de la seconde guerre mondiale. Hauts dignitaires ou simples soldats, ils furent nombreux à bénéficier des filières d’extradition et accueillis souvent avec bienveillance par des régimes militaires à qui ils n’ont pas hésité à rendre quelques « services » quand il s’agissait de réprimer et d’éliminer des opposants de gauche. Avec Paul Schaefer, cette sombre complicité a atteint son paroxysme.

    Colonia Dignidad : un « petit Reich » au Chili

    Poursuivi par la justice allemande pour pédophilie, Paul Schaefer se réfugie au Chili en 1961 grâce à son amitié avec l’ambassadeur chilien de la RFA. Le président de l’époque, Jorge Alessandri, lui permet de créer la « Société d'Éducation et de Bienfaisance Dignidad », mieux connue sous le nom de Colonia Dignidad. Au départ, elle ressemble à une ferme moderne dont la fonction, outre l’agriculture, est de venir en aide à la population locale grâce à une école et un hôpital. Mais cette colonie « exemplaire » deviendra rapidement un État dans l'État ne répondant à aucune forme de légalité. Elle compte très vite plus de 300 Allemands à qui Schaefer impose une discipline de fer : pas de radio, pas de sorties, pas de repos, seulement le travail, des punitions et des médicaments pour éviter la rébellion. Une véritable prison à ciel ouvert. Au sein de ce « petit Reich », l’enfer commence pour de nombreux jeunes abusés sexuellement par celui qui se fait appeler El tio permanente (l’oncle perpétuel).

    En 1973, Paul Schaefer se range au côté du général Pinochet lors du coup d'État qui renverse le gouvernement démocratique de Salvador Allende. À partir de cette date, les activités économiques et commerciales de la colonie deviennent florissantes et les prairies verdoyantes rappelant la Bavière allemande attirent à de nombreuses reprises le couple Pinochet ainsi que Manuel Contreras, le chef de la Dina, les services secrets chiliens, piliers de la répression sanguinaire contre les opposants à la dictature militaire.

    En échange de cette gracieuse protection, la colonie commence à servir de base arrière pour l’opération Condor, du nom de cette campagne d’assassinats des dissidents de gauche menée par les dictatures du Cône Sud dans les années 1970, y compris aux Etats-Unis et en Europe. Elle servira de centre de détention et de torture mais aussi de laboratoire chimique pour la dictature chilienne. Le poison qui a tué sur son lit d’hôpital en 1982 l’ancien président Eduardo Frei Montalva a sans doute été élaboré dans cet endroit. C’est en tout cas ce que révèle l’enquête du juge espagnol Alejandro Madrid et les déclarations de Michael Townley, un ancien agent de la Dina. Celui-ci affirma aussi que la colonie sous-traitait la fabrication du gaz sarin servant à éliminer les opposants pour le compte de l’armée chilienne. Enfin, le groupuscule d’extrême droite Patria y Libertad utilisa, avant le putsch militaire conduit par Pinochet, ce refuge comme centre d’entraînement pour préparer des actes de sabotage et déstabiliser le gouvernement de Salvador Allende.

    La droite chilienne soutient le vieux nazi

    Avec le retour de la démocratie au début des années 1990, la Colonia Dignidad perd l’impunité dont elle bénéficiait et est rebaptisée « Villa Baviera ». Le nouveau président Patrico Aylwin annula sa personnalité juridique d’association caritative et de bienfaisance. Mais Schaefer put compter sur le soutien de personnalités politiques issues des deux partis de droite actuellement au pouvoir, Rénovation nationale (RN) et l’Union démocrate indépendante (Udi), qui protestèrent contre cette décision. Une partie de la droite chilienne manifesta encore son appui à l’ancien nazi en dénonçant la mise en place d’une commission visant à examiner les possibles violations des droits de l’homme perpétrées dans la colonie à l’époque de la dictature.

    Pour finir, il y a moins d’un mois, la nomination du nouveau gouverneur de la région de Bio-Bio José Miguel Stegmeier a été gelée par le ministre de la justice à la suite d’informations prouvant que cet homme politique membre de l’Udi avait blanchi de l’argent pour le compte de la colonie au début des années 1990.

    Malgré sa condamnation pour abus sexuels sur mineurs, port d’armes et torture, Paul Schaefer a toujours refusé de s’exprimer sur les soutiens dont il avait bénéficié pendant toutes ces années. L’avocat des victimes a quant à lui demandé que la justice continue son travail pour que toute la lumière soit faite sur les agissements de ce que certains ont appelé une secte nazie au pays de Pinochet.

  • Tsunami et vidéo exeptionnelle.

    Le tremblement de terre du 27 février aurait-il pu faire moins de victimes si l'alerte au Tsunami avait été correctement déclenchée ?

    Une commission d'enquête parlementaire est actuellement chargée de faire la lumière sur les manquements qui ont conduit les autorités navales à déclencher tardivement l'alerte au tsunami. Deux organismes se rejetant mutuellement la responsabilité sont mis en causes.  L'ONEMI (Oficina Nacional de Emergencia del Ministerio del Interiol) et La Shoa (Servico hidrografico y oceanografico de la Armada de Chile).

    La commission vient d'examiner une vidéo exceptionnelle qui montre Michelle Bachelet en réunion de crise avec les différentes autorités responsables du plan d'urgence, deux heures à peine après le tremblement de terre. Concentrée, l'ex-présidente demande constamment des informations sur la possibilité d'un tsunami. Les réponses se font attendre...

     

  • Les leçons "paradoxales" d'un tremblement de terre.

    « L’invitation à  rejoindre l’OCDE témoigne de la reconnaissance  de la réussite des politiques mises en place par le Chili au cours des deux dernières décennies. Nous souhaitons vivement faire partager l’expérience récemment acquise par le Chili dans des domaines comme la réforme des retraites, la  réglementation du secteur bancaire, la politique budgétaire contracyclique et l’égalité sociale ».

    Ainsi s’exprimait Andrés Velasco, ex-ministre du budget du gouvernement de Michelle Bachelet, le 15 décembre quand son pays fut invité à devenir membre de l’OCDE. Mais ces déclarations qui renvoient une fois de plus au fameux miracle économique chilien ont un goût amer depuis le 27 février et le tremblement de terre qui a ravagé une partie du pays.

    Car le séisme a réveillé les vieux phantasmes et les immuables paradoxes de la société chilienne. Il a laissé entrevoir une tout autre image du pays : crise de l’appareil étatique minimaliste, hyper centralisation du processus de décision, hystérie collective alimentée par les chaînes de télévision incapables d’appréhender le phénomène des pillages autrement que par le retour des classes dangereuses, couvre-feux et enfin, envoie de l’armée pour sécuriser le sud du pays.

    La reconstruction devrait coûter 33 milliards d’Euros et Sebastián Piñera, le nouveau président a affirmé que l’Etat devra effectuer des sacrifices importants. Selon le FMI, le tremblement de terre ne devrait pas affecter la croissance du pays. Sûrement de quoi rassurer les habitants des zones dévastés…